La nature retient son souffle

15 janvier 2026

La nature retient son souffle

Quand le monde s’emballe, la nature nous aide à respirer.

Encore faut-il qu’elle soit protégée.

Dans un contexte marqué par l’incertitude, la surcharge d’informations et une pression constante sur notre santé mentale, l’accès à la nature devient plus que jamais essentiel. Marcher en forêt, respirer l’air frais, s’éloigner des écrans sont des gestes simples qui aident à ralentir et se reconnecter à l’essentiel. La nature nous offre un refuge où nous pouvons reprendre notre souffle. Elle offre aussi des habitats pour la faune et la flore, elle façonne les magnifiques paysages du Québec et elle nous aide à nous adapter aux changements climatiques. Mais les milieux naturels restent vulnérables à la dégradation tant qu’ils ne sont pas reconnus légalement comme des aires protégées.

Le Québec s’est engagé à protéger 30 % du territoire d’ici 2030. Mais en attendant un statut de protection officiel, la nature retient son souffle. Donnons-lui de l’air en demandant au gouvernement de protéger ce qui compte pour la biodiversité et notre bien-être.

Des projets d’aires protégées dans toutes les régions

Conserver 30 % du territoire d’ici 2030 est l’un des engagements phares du gouvernement du Québec dans son Plan Nature 2030 (1). Pourtant, en 2026, seulement 17 % du territoire est actuellement protégé.
Pour atteindre son objectif, le gouvernement a fait appel à la population québécoise. Des groupes citoyens, organismes environnementaux et de plein air, municipalités et MRC se sont mobilisés pour proposer des projets d’aires protégées dans toutes les régions au sud du Québec (2). De l’Outaouais à la Gaspésie, en passant par les Laurentides et Lanaudière, plus de 400 territoires ont été proposés pour être conservés (3). Cette mobilisation exceptionnelle témoigne d’un désir profond, celui de laisser en héritage un Québec où la nature respire encore… et où la population peut en profiter.

30 %, trop ambitieux ?

L’objectif de 30 % est nécessaire pour freiner l’effondrement de la biodiversité et renforcer notre résilience face aux changements climatiques (4). Selon les scientifiques, il s’agit d’un minimum si l’humain veut cohabiter en harmonie avec les autres espèces (5). Si on analyse ce chiffre autrement, ça laisse tout de même 70 % du territoire où la nature peut être altérée et exploitée, ce qui est amplement suffisant pour faire rouler notre économie. Protéger 30 % du territoire, ce n’est pas bloquer le développement; c’est assurer un réel équilibre.

Ce qui doit changer pour bien protéger la nature

« Le gouvernement s’est engagé à conserver 30 % et vous n’êtes toujours pas content-e-s ? » Oui, on est content ! On soutient l’objectif… mais pas n’importe comment. Plusieurs incohérences risquent d’affaiblir la qualité et la crédibilité du futur réseau d’aires protégées si elles ne sont pas corrigées :

L’absence de mesures de protection temporaires

Qui voudrait aller faire une randonnée dans une aire protégée qui serait en fait… une coupe à blanc ? Pour protéger les milieux naturels, il faut commencer par s’assurer qu’ils ne soient pas excessivement dégradés pendant qu’ils sont à l’étude. Aujourd’hui, l’absence de mesures temporaires de protection laisse des territoires exceptionnels vulnérables à des pressions importantes, comme des coupes forestières, ce qui affaiblit la pertinence même des futures aires protégées.

Un rapport de force déséquilibré

Peut-on atteindre nos objectifs de conservation lorsque les décisions politiques favorisent systématiquement le développement économique ? Le gouvernement cherche à tout prix à voir se proliférer sur le territoire des projets énergétiques, miniers et d’exploitation forestière, allant même jusqu’à essayer de contourner ses propres lois pour accélérer ces projets. Trouver un véritable équilibre, c’est cesser d’opposer économie et environnement, et reconnaître que protéger les écosystèmes est bon pour nos finances (6, 7).

Des ressources insuffisantes au ministère de l’Environnement

Pour analyser correctement et rapidement les projets d’aires protégées, et pour s’assurer de leurs bienfaits pour la biodiversité et l’accès à la nature, ça prend plus qu’une étampe sur un papier. Ça exige du temps, de l’expertise et des équipes suffisantes au sein du ministère de l’Environnement. Les coupures et les licenciements fragilisent la capacité d’analyse et augmentent le risque de décisions hâtives, au détriment de la qualité et de la crédibilité du réseau d’aires protégées.

La pression d’atteindre rapidement un chiffre

Peut-on réellement parler de protection lorsque l’objectif devient d’atteindre un pourcentage à tout prix ? La pression d’arriver rapidement au chiffre de 30 % pousse le gouvernement à miser sur une multiplication de nouveaux outils de conservation, dont plusieurs sont encore en développement et dont l’efficacité réelle pour la biodiversité demeure incertaine. Le risque est alors de déclarer des territoires « protégés » sans que cela se traduise par des gains concrets sur le terrain. La conservation ne peut pas être un exercice comptable : atteindre 30 % n’a de valeur que si les aires protégées sont réellement efficaces et bénéfiques pour la biodiversité et l’accès à la nature.

Ces incohérences peuvent être corrigées! Pour cela, on a des demandes au gouvernement pour s’assurer que les aires protégées fassent réellement respirer la nature (et nous avec !). Aidez-nous à leur transmettre !

Soutenir nos demandes, c’est aider à…

Préserver la biodiversité là où elle est la plus riche

En protégeant d’abord les écosystèmes prioritaires, on maximise les gains pour les espèces et on protège des milieux irremplaçables.

Assurer une conservation du territoire cohérente et connectée

Des aires protégées interconnectées permettent aux espèces de se déplacer, de se nourrir et de s’adapter plus facilement aux changements climatiques.

Maintenir un accès équitable à la nature

Des aires protégées bien réparties sur le territoire et proches des collectivités facilitent l’accès à la nature et soutiennent des activités comme la randonnée, la pêche et le plein air.

Garantir des services écologiques essentiels

Les milieux naturels filtrent l’eau et l’air, stockent le carbone, régulent le climat et réduisent les impacts des inondations, des feux de forêt et des canicules. Protéger la nature, c’est investir dans notre sécurité collective.

Améliorer notre bien-être et notre santé mentale

Quand l’actualité est lourde et que la pression monte, la nature offre des lieux pour ralentir, respirer et se ressourcer. Protéger les milieux naturels, c’est aussi prendre soin de nous.

Références

  1. Gouvernement du Québec, 2024. Conserver la biodiversité et favoriser l’accès à la nature – Plan Nature 2030. 88 pages et annexes.
  2. Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Appel à projets d’aires protégées en territoire public méridional. Page Web consultée le 8 décembre 2025 : https://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/aires_protegees/consultation/appel-projet-territoire-public-meridional.htm 
  3. Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, 16 mai 2025. Appel à projets d’aires protégées en territoire public méridional – Plus de 5 M$ octroyés pour soutenir la concertation régionale. Communiqué de presse.
  4. Convention on Biological Diversity. Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework. Target 3 – Conserve 30% of Land, Waters and Seas. Page Web consultée le 8 décembre 2025 : https://www.cbd.int/gbf/targets/3
  5. IUCN World Commission on Protected Areas, Wildlife Conservation Society, National Geographic & UNEP-WCMC, 2020. Conserving at least 30% of the planet by 2030: What should count? 10 pages.
  6. BC2 Groupe Conseil pour les Parcs régionaux du Québec (Parq), 2025. Étude des retombées économiques, sociales et environnementales des parcs régionaux du Québec. 32 pages.
  7. Limoges, B. (2018). Les valeurs socioculturelles et monétaires des services écologiques rendus par les parcs nationaux du Québec. Le Naturaliste canadien, 142(1), 36–49. https://doi.org/10.7202/1042012ar